Les lectures du Trombonheur
| Bernard Trombonheur, qui est plongé dans l’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ (mort en 1991), me fait passer ce texte (tiré de « Amkoullel, l’enfant peul ») qui décrit le Mopti des années 1920 : « Située au confluent du Niger arrivant de Guinée et du Bani arrivant de Côte-d’Ivoire – respectivement appelés le « fleuve blanc » et le « fleuve noir » en raison de la coloration plus ou moins sombre de leurs eaux – Mopti préside à la naissance du grand Niger, qui lance à partir de là un véritable réseau de bras et de canaux dans lesquels il enserre une multitude de mares et de lacs, amorçant la longue courbe qui va donner à toute la région son nom de « Boucle du Niger ». Ce n’est pas pour rien qu’on a surnommé Mopti « la Venise du Soudan » : toutes ses activités sont plus ou moins liées à la vie du fleuve et au rythme de ses crues. Les Bozos, qui sont les plus anciens occupants du lieu, fabriquent à la main ces longues et merveilleuses pirogues que l’on voit fendre silencieusement les eaux et dont certaines sont capables de transporter des tonnes de marchandises. Peuple de pêcheurs et de chasseurs, ils sont les « maître de l’eau » traditionnels de toute la région. Dans cette zone de confluence des « eaux noires » et des « eaux blanches », on rencontre des ethnies de diverses origines, des plus claires aux plus sombres. Après les Bozos, les plus anciennes sont les Songhaïs et les Peuls ; les Bambaras et les Dogons n’y sont venus que plus tardivement. Toute la région de la Boucle du Niger constituait autrefois, dans sa partie ouest, un véritable réservoir des richesses du pays en matière d’agriculture, d’élevage, de pêche et de chasse, sans parler des traditions religieuses et culturelles. L’homme y vivait à l’aise et l’artisanat traditionnel y était particulièrement développé. Le Macina, où les Peuls vinrent se fixer jadis en raison de ma richesse de ses pâturages, est situé au cœur de cette région dont Mopti est l’un des fleurons. » L’érudit Trombonheur cite à nouveau Amadou Hampâté Bâ (rappelons qu’Aly Napo est d’origine Dogon, et que Korioumé est un village Bozo, au bord du fleuve) : « Les Dogons (…) savaient pouvoir compter sur la solidarité ancestrale et sans réserve des Bozos à leur égard. Leurs deux ethnies étaient liées, en effet, par les liens sacrés d’alliance de la sanankounya (…) que des ethnologues appellent « parenté à plaisanterie » parce qu’elle permet de se plaisanter et de se mettre en boîte, voire de s’injurier, sans que cela puisse jamais tirer à conséquence. En fait, il s’agit de tout autre chose que d’une plaisanterie ; cette relation représente un lien très sérieux et profond qui, jadis, entraînait un devoir absolu d’assistance et d’entraide, puisant son origine dans une alliance extrêmement ancienne, nouée entre les membres ou les ancêtres de deux villages, deux ethnies, deux clans (par exemple entre les Sérères et les Peuls, les Dogons et les Bozos, les Toucouleurs et les Diawambés, les Peuls et les forgerons, les clans peuls Bâ et Diallo, etc.). Evoluant avec le temps, il n’est souvent resté de cette alliance que la tradition de mise en boîte réciproque, sauf entre les Dogons et les Bozos dont la sanankounya est sans conteste l’une des plus solides de l’Afrique de la savane, avec, peut-être, celle qui unit les Peuls et les forgerons. » | ![]() ![]() ![]() |
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